/ BIOGRAPHIE
Les deux pieds dans la tradition orale, Gabrielle Bouthillier est artiste de la scène, chanteuse, musicienne, arrangeuse, conteuse, spécialiste du patrimoine chanté et cheffe de chœur.
Les projets artistiques qu'elle met sur pied ou auxquels elle participe, nourris par une sensibilité ethnographique évidente, deviennent souvent des chantiers de mise en valeur de patrimoines chantés, contés ou musicaux. En amenant sur scène des répertoires populaires anciens, elle contribue à remettre les publics en contact avec une matière culturelle à laquelle on a de moins en moins accès.
Hors scène, elle cherche à réinventer les espaces et les stratégies de transmission et de réappropriation des traditions orales. En incitant à leur pratique active et collective, elle s’inscrit de manière improbable, mais efficace, dans la chaîne de transmission des savoirs.
Membre fondatrice de plusieurs ensembles (Serre l’Écoute, les Métamorphoses, la Smala Bouthillier, les New Cackle Sisters, le duo Elmaleh-Bouthillier), elle collabore à de nombreux projets d'arts vivants (Strada, l’Orchestre d’hommes-orchestres, le Bureau de l'APA, les Incomplètes, Michel Faubert, Yule), et conçoit des projets sur mesure pour différents partenaires (les Violons du Roy, Ès Trad, le MNBAQ, Théâtre Rude Ingénierie, E27 musique nouvelle, Francine Saillant).
Elle coordonne et anime également l’Atelier de chant traditionnel de Québec et l’Atelier d’harmonies de Québec, et offre régulièrement des stages de transmission (chant polyphonique et chant traditionnel).


Qui est Gabrielle Bouthillier ?
Chanter plus
Le chant est au cœur de ma vie. J'aime beaucoup chanter, mais ça va au-delà de ça. Je réalise au fil du temps que le chant est mon outil préféré pour me réguler et me situer dans le monde, à toutes sortes d'échelles. Je pense que ça fait très longtemps que les humains connaissent la puissance de cet outil. La tradition orale de toutes les cultures regorge de chansons qui sont autant de formules magiques pour nous soutenir dans ce que l'expérience humaine met sur nos routes. Ces chansons n'attendent que d'être sollicitées. Et quand on y pense, chanter est à notre portée tout le temps. On n'a besoin de rien d'autre qu'un corps et hop! ça peut chanter. Il suffit de s'en donner le droit, et c'est souvent ça, mine de rien, qui est difficile. C'est là que j'interviens. J'essaie de créer des environnements sécuritaires et soutenants, pour que l'élan de chanter redevienne la chose la plus naturelle du monde pour les gens.
Mettre en scène le bagage que je porte est un beau jeu. Dans l'idée de la transmission, penser et offrir une forme scénique est un super canal de partage. J'aime préparer un spectacle comme on préparerait une fête dont les spectateurs seraient les invités. Ça déjoue la consommation et le show-business. C'est inclusif. C'est simple et vrai. Parfois, mettre en scène, c'est simplement mettre quelque chose sur une scène, comme on met un bel objet sur un socle ou une fleur dans un vase. La beauté est déjà là, mais on la sacralise en lui dédiant un espace, un temps, un soin. D'autre fois, on met en scène en créant du lien et de la perspective. Suivre un chemin de sens, réunir les bonnes personnes pour mettre une matière en valeur, croiser les langages, se mettre au service d'un lieu, d'un événement, d'une intention, d'un thème. Il y a un peu de tout ça dans mes projets de scène.
Au fil du temps, la transmission s'est imposée comme le geste faisant le plus de sens dans mon activité artistique. Je n'ai pas tant à dire de moi, mais sans arrêt, je suis éblouie de rencontrer la sagesse et la beauté que les humains d'avant ont laissées à ma disposition, et je souhaite les partager. La tradition orale est pour moi le code avec lequel l'humanité encrypte depuis toujours ce qu'elle sait de plus précieux sur elle-même, dans le coffre-fort du vivant. C'est fragile et robuste à la fois. C'est à notre disposition, ça appartient à tout le monde, il faut juste habituer notre regard. Et continuer de dire... C'est vertigineux de penser que si ça s'est rendu jusqu'à nous, c'est que ça a déjà été transmis un très grand nombre de fois. C'est vertigineux de penser que ça ne se transmet que quand ça touche l'âme. Quel privilège, quel honneur, alors, de me constituer en passeuse, pour connecter des gens à une matière qui est déjà à eux, de toute façon, et qui peut être une clé pour tant de situations.
